Soucieux de rechercher les éléments objectifs des qualités des végétaux, légumes, plantes, on souhaitait vous parler des expériences passionnantes et rares entreprises par Sabrina KRIEF Vétérinaire, Jean-Michel KRIEF et leurs Equipes.

Dans ce but, ils ont étudié quelles parties de plantes sélectionnent les grands singes malades et sains. Les analyses des activités biologiques (antiparasitaires, antibiotiques…) de ces plantes et les travaux de photochimie (isolement des molécules responsables des activités) permettent de déterminer si les consommations des grands singes sont susceptibles de contribuer au maintien ou au rétablissement de leur santé.

La « zoo pharmacognosie » permet aux Equipes du Docteur KRIEF d’explorer les comportements d’automédication. Un suivi sanitaire ainsi que l’analyse de selles, pour les parasites, permettent d’évaluer l’état de santé des individus observés. Aucun geste invasif n’est pratiqué et l’évaluation sanitaire porte sur les analyses des selles, des urines et les observations précises et détaillées réalisées sur les individus.

Les essais biologiques et les tests d’activité biologique sont conduits en partenariat avec l’Institut de Chimie des Substances Naturelles de GIF-SUR-YVETTE, la Faculté de Pharmacie de CHATENAY-MALABRY ainsi que l’Ecole Nationale Vétérinaire d’ALFORT.

Ces recherches sur les chimpanzés ont débuté en République du CONGO en 1997 et se poursuivent depuis 1999 en OUGANDA dans le parc national de KIBALE où les Equipes étudient des chimpanzés sauvages de l’Est (Pan troglodytes SCHWEINFURTHII).

La première communauté de chimpanzés sauvages observée est celle de KANYAWARA, puis aujourd’hui, une communauté voisine, au Nord du parc, celle de SEBITOLI.

Sabrina a intégré l’équipe d’Eco-anthropologie et Ethnobiologie au Muséum national d’Histoire naturelle en 2004.

Six singes dont la mère avait été abattue par des braconniers furent recueillis et éduqués par des humains.
Lors de leur réintroduction dans la forêt équatoriale, à l’âge adulte, la vétérinaire a été chargée de suivre leur adaptation au milieu sauvage, leur état de santé, évaluer leurs capacités à survivre et leur donner d’éventuels compléments alimentaires.

Rapidement elle a observé :
« Dès le premier jour, les chimpanzés ont été autonomes et ont mangé les bonnes plantes, alors qu’ils avaient été élevés aux bananes ».

Non seulement ils savaient intuitivement ce qu’ils devaient manger pour ne pas s’empoisonner, mais ils pratiquaient aussi une forme d’automédication : lorsqu’ils étaient malades, ces chimpanzés se nourrissaient de plantes qui ne faisaient pas partie de leur régime habituel.

Comme s’ils connaissaient leur pouvoir médicinal !

Après quelques semaines cependant, la vétérinaire s’inquiéta… elle avait constaté que les chimpanzés consommaient leurs propres crottes. Un trouble du comportement, peut-être lié à l’absence de mère ?
Non…En fait Sabrina KRIEF a compris que les singes ne mangeaient pas leurs crottes, mais picoraient des graines au milieu de celles-ci. Et l’explication apparut alors :

« J’ai réalisé que les chimpanzés étaient friands d’un fruit dont ils avalent non seulement la pulpe mais également le noyau. Celui-ci, au départ noir et très dur, devient mou et blanc nacré à la suite d’une première transformation chimique lors de la digestion. »

À l’analyse, ces graines se révèleront être d’une exceptionnelle richesse protéique, devenue bio disponible grâce à ce processus de digestion en deux temps…

Derrière ces chimpanzés se cachent de véritables experts en micro nutrition, dignes de célébrités comme Julien VENESSON par exemple ! Ce n’est pas tout !

La stratégie des chimpanzés contre les vers digestifs

Les singes sont aussi les utilisateurs intuitifs d’une science de l’automédication :

« Le matin, certains d’entre eux roulaient une feuille rugueuse d’aspilla sur elle-même et l’avalaient tout rond, sans la mâcher. »

« Ils renouvelaient leur prise une trentaine de fois. Six heures plus tard, en analysant les crottes, nous avons retrouvé les feuilles intactes dont les petits poils avaient accroché des parasites. »

Génial : poussées dans le système digestif sans pouvoir être digérées, toutes ces feuilles rugueuses agissent comme un velcro, accrochant et chassant les vers…

Les singes trouvent un traitement anti paludisme

Les grands singes ont aussi pour habitude de mâcher des feuilles aux propriétés antibactériennes, mélangées avec de la viande.

Comme chez nous ! Il existe nombre de traditions culinaires humaines dans lesquelles la viande est associée à des herbes aromatiques ou des épices dont les vertus antibactériennes et digestives sont connues (coriandre, cardamome, cumin, fenouil, etc.)

Et quand les malaises sont là, les chimpanzés ne sont pas démunis.

Un matin, Sabrina KRIEF constate qu’une jeune guenon souffre d’une diarrhée alternant avec la constipation. Cette femelle fait de gros efforts pour écorcer longuement un albizia, pour lécher la résine qui s’écoule du tronc.

À l’analyse, cette résine contient des molécules saponines jamais identifiées auparavant et aux propriétés vermifuges, mais également anticancéreuses.

Plus étonnant encore, la découverte d’une plante contenant une molécule aussi active contre le paludisme que la chloroquine, la substance médicamenteuse de référence.

Un jour, un mâle visiblement abattu se met à ingérer de jeunes feuilles de Trichilia rubescens, une plante que les chimpanzés mangent rarement.

Après avoir ingéré les feuilles, le primate se met à creuser parmi des racines pour prélever une poignée de terre fine et rouge. Des analyses montreront que la terre potentialise l’activité des molécules anti paludisme de la plante !

Cette maladie fait 600 000 morts par an ; l’intérêt d’une telle découverte pour la santé humaine est simplement prodigieuse.

Les chimpanzés nos futurs pharmaciens ?

Alors, bientôt des singes pour faire des cours de médecine naturelle aux étudiants en médecine ? Il y a dans tous les cas des choses importantes à découvrir dans la pharmacie des chimpanzés.

Leurs conditions de vie nous font comprendre que ce sont de surprenants « médecins » : malgré les parasites, malgré les champignons, les bactéries, malgré les mutilations des pièges des braconniers, les chimpanzés vivent parfois au-delà de 65 ans.

Pas de déficit de la sécu : les ordonnances des chimpanzés sont gracieuses. Et…en plus avec eux, on rit beaucoup.

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