« Où sont passés tous les insectes ? »

Alors que la revue SCIENCE pose sérieusement la question, on se devait de mener une enquête au sein des milieux scientifiques en toute impartialité et pleine objectivité.

Suivez-nous dans cet examen que nous avons voulu simple avec des explications accessibles même aux non-scientifiques…

Les automobilistes qui n’ont pas les outils statistiques mais qui conduisent depuis plus de 20 ans se souviennent que jusqu’à la fin des années 1990, les parebrises étaient constellés d’impacts de petites bêtes volantes. A ce jour ce n’est plus le cas !
Les spécialistes de l’entomologie n’ont pas les éléments tangibles pour quantifier cette disparition continue.
Au cours des 3 dernières décennies, très peu de mesures quantitatives des invertébrés ont été instruites.

En 1989, au sein de SCIENCE, ces entomologistes ont installé des pièges dans une zone humide, la réserve naturelle d’ORBROICH BRUCH en Allemagne.
Ainsi, une mesure de la quantité de petites bêtes récupérées a pu être effectuée.

En 2013, le même dispositif a mis en évidence une réduction de 80 % de la biomasse d’insectes.

En vingt-cinq ans, les quatre cinquièmes des insectes de la zone concernée ont disparu. Les entomologistes allemands, circonspects et prudents ont réinstallés les mêmes instruments d’expérimentations, sur la même zone, l’année suivante.
Ils ont hélas retrouvé des résultats identiques en 2014 !

Que s’est-il passé, pour qu’un pareil désastre se produise en si peu de temps ?

Le principal suspect, selon SCIENCE, serait une famille d’insecticides – les NEONICOTINOÏDES – utilisés directement sur les semences et utilisés à la fois de manière préventive et sur un mode systématique sur des millions d’hectares de cultures depuis le milieu des années 1990.
Le déclin des abeilles n’est ainsi, à l’évidence, qu’une donnée partielle de la problématique ; certes plus facilement estimable que la disparition de la population des autres insectes communs.

Un article récent de de Stéphane FOUCART sur LE MONDE nous précise :

« Les apiculteurs français sont furieux. Alors que la récolte de miel de 2017 se révèle aussi catastrophique que celle de 2016 – elle n’atteint pas 10 000 tonnes, soit trois fois moins que dans les années 1990 –, l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) a dénoncé, jeudi 19 octobre, l’autorisation de mise sur le marché par la FRANCE du SULFOXAFLOR.

Ce nouvel insecticide, développé par l’entreprise DOW AGROSCIENCES, est introduit sur le marché alors que les NEONICOTINOÏDES, en voie d’interdiction en EUROPE, doivent être bannis en FRANCE par la loi de reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages dès 2018 – des dérogations demeurant possibles jusqu’en 2020.

Selon l’UNAF, qui s’appuie sur plusieurs études scientifiques, le SULFOXAFLOR est un NEONICOTINOÏDE, mais non classé comme tel par les industriels et les agences réglementaires en Europe. Il agit, en tout cas, comme les néonicotinoïdes, en se fixant sur les mêmes récepteurs du système nerveux central.

En 2013, la Commission européenne avait décidé un moratoire interdisant trois des cinq néonicotinoïdes en usage. Une suppression définitive de l’ensemble de cette famille en EUROPE est à l’étude. Alors pourquoi en autoriser un nouveau en France ? « C’est honteux, scandaleux, pitoyable et irresponsable vis-à-vis des générations futures, s’étrangle Gilles LANIO, le Président de l’UNAF. Je n’en reviens toujours pas ! ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/10/19/un-nouveau-neonicotinoide-autorise-en-france_5203468_3244.html#gRqGPbYH81QxCOgA.99

Les pesticides aujourd’hui sur la sellette auraient dû être retirés du marché depuis longtemps. La politique économique ignore souvent les limites dans le temps du risque environnemental.

Avec l’accumulation durable des insecticides dans le sol ainsi qu’avec l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère, nous pouvons franchir des seuils de basculement entraînant des ruptures Eco climatiques parfaitement irréversibles.

Pour éviter ce drame planétaire, il faudrait réagir durablement de manière drastique.

La prise de conscience internationale est peut-être en marche espérons-le…

Zoom sur les NEOCOTINOÏDES

L’Assemblée Nationale avait, dès 2015, voté l’interdiction totale, à compter de janvier 2016 des insecticides de la famille des néonicotinoïdes, jugés toxiques pour les abeilles. Les parlementaires ont adopté un amendement des députés Delphine BATHO et Gérard BAPT, contre l’avis du Gouvernement du précédent Président François HOLLANDE, défavorable à la mesure au motif notamment que « …le cadre européen ne permet pas une interdiction aussi stricte… ».
Les néonicotinoïdes sont des insecticides dits systémiques en ce sens qu’ils pénètrent tout le système vasculaire de la plante.

Ils ont été introduits dans les cultures européennes dans les années 90. Parmi les substances susceptibles d’affecter les insectes et notamment les abeilles, les spécialistes pointent :

  • l’Imidaclopride : molécule active du GAUCHO et du CONFIDOR,
  • la Clothianidine : molécule active du PONCHO-MAÏS et…
  • le Thiaméthoxame : molécule active du CRUISER.

Ils représentent un tiers des insecticides vendus sur le globe et sont utilisés pour l’agriculture comme par les particuliers. Les néonicotinoïdes, principalement commercialisés par BAYER et SYNGETTA, sont utilisés pour tous types de cultures tant qu’il y a des insectes ravageurs (tomates, salades, vignes, maïs, tournesols…).

Un espoir semble poindre dans cet horizon nébuleux :

Matignon, sous la pression du Ministre Nicolas HULOT, a confirmé récemment que les néonicotinoïdes seront bien interdits à partir de 2018 et avec dérogations jusqu’en 2020…

Comment remplacer les néonicotinoïdes ?

Aujourd’hui, les néonicotinoïdes sont utilisés de façon préventive et non curative : chaque semence est traitée avant même qu’elle soit en terre. « C’est comme si avant l’hiver, on prenait des antibiotiques pour faire face aux éventuelles maladies », explique Jean-Marc BONMATIN.
Le chercheur du CNRS travaille sur les alternatives à ces produits depuis plusieurs années. « On voit que ceux qui font du BIO n’ont aucun souci, explique-t-il. On voit même parfois que la production n’est pas moins bonne… »

Pour les courageux, on vous met à disposition la vidéo sur YOUTUBE qui montre la destruction des abeilles par les NEONICITINOÏDES :

  • D’ores et déjà des techniques sont applicables aisément et nous n’en donnerons que quelques idées, les agriculteurs se rapprocheront des groupements agricoles pour la protection de l’environnement :
  • Les terres à maïs, dans leur grande majorité n’ont pas besoin d’être traitées, car la présence de taupins est faible, moins de 5% des terres.
  • Le niveau des pertes de production est presque systématiquement inférieur au coût de la protection prophylactique de tous les champs semés (expérience faite dans la région du FURLAN en Italie en 2014)
  • Un piégeage des larves peut être réalisé par des appâts pour déterminer le risque précis
  • Une partition intelligente des terres est possible en rotation des cultures ; par exemple si l’on mesure dans une zone beaucoup de taupins on peut y planter du soja qui n’est pas sensible à ces larves…
  • Plus généralement une rotation systématique des cultures est soutenue par la Directive Européenne 200/12/CE et confirmée par la recommandation 2014/63/CE. On mange plus sain, à moindre coût, avec des rendements élevés… et on permet de ne pas appauvrir la terre elle-même….

Une technique de traitement est aujourd’hui en grande croissance au sein des agriculteurs qui souhaitent se libérer de la contrainte des produits phytosanitaires dangereux ; c’est l’IPM

L’IPM en pratique

IPM – Prévention et/ou éradication des organismes nuisibles avec :

  • La rotation de cultures,
  • Les techniques de culture (par exemple : la technique ancienne du lit de semis, les dates et densités des semis, les sous-semis, la pratique aratoire conservative, la taille et le semis direct),
  • Les cultivars résistants/tolérants et des semences et plants normalisés/certifiés,
  • L’utilisation équilibrée de pratiques de fertilisation, de chaulage et d’irrigation/de drainage,
  • Des mesures d’hygiène, par exemple le nettoyage régulier des machines et de l’équipement, etc.
  • La protection et le renforcement des organismes utiles importants

IPM – Surveillance des organismes nuisibles par :

  • Des observations sur le terrain et
  • Des systèmes d’alerte et de prévision, qui s’appuient sur des bases scientifiques solides
  • Des systèmes de diagnostic rapide
  • Des conseils émanant de conseillers professionnels qualifiés.
  • Mesures de gestion des produits phytopharmaceutiques en s’appuyant sur les résultats de la surveillance

IPM – Maintenir l’utilisation de pesticides et d’autres formes d’intervention aux niveaux nécessaires :

  • Par l’utilisation de doses réduites,
  • Par la réduction de la fréquence d’application ou par des applications partielles
  • EN TENANT COMPTE DU FAIT QUE le niveau de risque pour la végétation doit être acceptable et que ces interventions n’augmentent pas le risque de développement de résistances dans les populations d’organismes nuisibles.

Nous laissons bien sûr le soin aux Greeners intéressés de se rapprocher des Conseillers du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche…

En résumé :

Bonnes pratiques = Santé + Economies + Rendements + Respect de la Terre et de l’Environnement.

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